Histoire des collections
Attribué à Maison Schiaparelli, Attribué à Jacques-Henri Lartigue, Maison Bianchini-Férier, Robe longue, Paris, Lyon, 1937.
© musée des Tissus – Pierre Verrier

Une politique d’acquisition visionnaire

Depuis leur inauguration, en 1864 pour le musée des Tissus et 1925 pour le musée des Arts décoratifs, nombre de trésors ont été rassemblés. De précieuses collections réunies, aujourd’hui, au sein d’un seul et même fonds muséal, celui du musée.


D’où proviennent ces étoffes originaires du monde entier et ces témoins des arts décoratifs ? Ces richesses viennent d’une politique d’achat très importante au XIXe siècle et des dons de grandes maisons de soierie lyonnaises, d’amateurs éclairés et de la Société des Amis, à l’image de la tunique égyptienne plissée, œuvre la plus ancienne conservée, et également de dépôts importants du Conseil des Prud’hommes de Lyon, de l’École municipale de tissage ou du Mobilier national par exemple.


1834 - 1851 : Les premiers achats et l’émergence d’une collection

Tout commence dès 1834 et 1846, avec l’achat de pièces exceptionnelles, provenant des missions menées en Chine par la Chambre de Commerce de Lyon. Puis, tout s’accélère avec l’Exposition universelle de Londres en 1851. Vexés de ne recevoir que quelques modestes médailles, les fabricants lyonnais se mobilisent : ils réclament la création d’un musée d’Art et d’Industrie afin de renouveler la production, stimuler la formation des professionnels et éduquer le goût des fabricants et du public.

Plusieurs productions de soieries lyonnaises et étrangères, provenant d’archives de maisons disparues ou collectées par les industriels eux-mêmes, complètent dès lors la collection, aux côtés d’œuvres relevant des « Arts Manufacturiers » (orfèvrerie d’église, joaillerie, dinanderie, ameublement, ferronnerie, céramique, vitrail, reliure, gravure sur bois) ou des « Beaux-Arts ».


1856 - 1864 : Création du musée d’Art et d’Industrie et inauguration au Palais du Commerce de Lyon

Le projet de création du musée est acté le 24 janvier 1856 et il ouvre ses portes au Palais du Commerce de Lyon, le 6 mars 1864. Enrichir les collections est un fil directeur, comme le montre l’acquisition de la totalité de la collection du dessinateur Jules Reybaud, composée de textiles anciens et modernes, mais aussi de milliers de documents graphiques européens et extrême-orientaux.


1870 - 1891 : Spécialisation de la collection et apparition du musée historique des Tissus

Dès les années 1870, le musée se spécialise dans les textiles et le 6 août 1891, le musée historique des Tissus est officiellement créé, remplaçant l’ancien musée d’Art et d’Industrie. La politique d’acquisition devient visionnaire : la Chambre de Commerce finance les fouilles du site d’Antinoé, en Égypte, où est mise à jour la plus importante collection de textiles de la fin de l’Antiquité. C’est ainsi que la « Tenture aux poissons », extraordinaire tapisserie d’époque romaine, intègre le musée. Elle est rejointe par des pièces de soieries orientales majeures. Les collections s’étoffent. Des acquisitions remarquables sont réalisées auprès des plus fameux antiquaires, collectionneurs ou amateurs d’art ancien, et des donateurs, attirés par le prestige de la collection, concèdent des pièces uniques, comme le fameux pourpoint de Charles de Blois.


1925 - 2019 : Une collection qui s’étoffe et naissance du musée des Arts décoratifs

La seconde guerre mondiale contraint à déplacer tous ces fabuleux trésors dans différents châteaux, jusqu’à l’inauguration du nouveau musée, en 1950. De 552 000 pièces environ dans les années 1920, il est devenu l’écrin de la plus importante collection du monde avec près de 2,5 millions d’œuvres à ce jour. Dès 1925, les collections d’arts décoratifs de l’ancien musée d’Art et d’Industrie, mises en caisse dans les années 1890, prennent place dans le tout nouveau musée des Arts décoratifs, dont le destin est intimement lié à celui du musée des Tissus. Des échanges avec d’autres musées, comme celui de Copenhague, mais surtout des dons de mécènes, viennent enrichir les collections d’œuvres majeures et prestigieuses : des tableaux, comme un portrait par Corneille de Lyon, des majoliques italiennes et des céramiques françaises, des bronzes et des émaux du Moyen Âge et de la Renaissance, des pendules et des horloges, dont la pendule aux oiseaux chanteurs, des vases Ming, des meubles, aux estampilles prestigieuses, comme Cressent, Hache ou Nogaret, un ensemble étonnant de marqueterie de paille, des pièces d’orfèvrerie anciennes et contemporaines… Des dons et legs régulièrement complétés par des acquisitions, elles-mêmes rendues possibles par les généreux donateurs, comme celle du clavecin signé de Pierre Donzelague et daté de 1716.


2019 : Deux collections en une : le musée des Tissus

Chaque année, des acquisitions continuent à être menées pour poursuivre le but exprimé dès la fondation de l’institution : présenter à Lyon un panorama des productions textiles depuis leur apparition dans les civilisations humaines, afin que les meilleurs exemples du passé puissent renouveler la création de demain.

Hôtel de Villeroy
Charles Grandon, dit l'Ainé, Portrait de Louis-François Anne de Neuville, duc de Retz et de Villeroy, Lyon, 1748.
© musée des Tissus – D.R.

Le coeur du musée

Situé au 34 rue de la Charité, jouxtant l’hôtel de Lacroix-Laval, l’hôtel de Villeroy est devenu le coeur du musée des Tissus après la seconde guerre mondiale. Illustration du classicisme français, cet ensemble architectural, érigé au XVIIIe siècle, a connu plusieurs vies avant d’abriter ses trésors textiles.


1729 : Construction d’un hôtel entre cour et jardin

Rue de la Charité. En plein cœur de Lyon. L’endroit idéal pour faire bâtir sa demeure, pense, avec raison, Claude Bertaud de la Vaure, conseiller à la Cour des monnaies, architecte, ingénieur et voyer – responsable de la voierie – lyonnais, lorsqu’il achète le terrain du numéro 34, appartenant à l’abbaye d’Ainay, en 1729. Moment approprié, également, puisque s’ouvre alors cette rue Neuve de la Charité.

À l’époque, l’hôtel Bertaud est le plus remarquable et le plus luxueux de la ville, avec son vaste porche d’entrée ouvrant sur cour, son bâtiment de trois étages, entre un jardin et une orangerie sur l’arrière, aujourd’hui disparus. Il attise les convoitises et connaît diverses fortunes, au grand dam de son propriétaire.

© musée des Tissus – Pierre Verrier

1745 : La résidence des Gouverneurs du Lyonnais

Réquisitionné par les militaires venus réprimer la révolte des ouvriers en soie, il devient, en 1745, la résidence des gouverneurs du Lyonnais. Le duc Louis-François-Anne de Neuville de Villeroy y pose ses malles et lui donne son nom actuel. Le rez-de-chaussée est alors réservé à la réception, le premier étage au gouverneur et à son secrétaire, le deuxième aux officiers du nouveau gouvernement et les combles aux domestiques.

© musée des Tissus – Sylvain Pretto

1791 : l’Hôtel déclaré bien national

Le 3 avril 1775, l’hôtel de Villeroy est vendu à Joachim Baland d’Arnas, conseiller en la Sénéchaussée, jusqu’à ce que la Révolution ne change une nouvelle fois la donne. Le bâtiment est déclaré bien national, en 1791, en raison de l’émigration de Joachim Baland d’Arnas. Restitué en 1800 aux héritiers, l’édifice abrite, dans une de ses ailes, une congrégation religieuse, avant d’être cédé, en 1825, à des promoteurs. En 1829, le bâtiment, bien de l’État, accueille les ateliers de la Monnaie, avant d’être adjugé à un fabricant de soieries. Il est acquis par l’École supérieure de Commerce de Lyon en 1872, puis par la Chambre de Commerce en 1935. Entre 1923 et 1939, le premier étage abrite le musée colonial de la Chambre du Commerce. Un signe…


1945 : Et l’hôtel devint musée…

Il faut attendre l’automne 1945 pour que le lieu se transforme durablement. Les collections, mises à l’abri pendant la seconde guerre mondiale au château de la Bâtie-d’Urfé, sont rapatriées à Lyon au Palais de la Bourse, avant d’investir l’hôtel de Villeroy.

D’importants travaux et des transformations internes, nécessaires à la mise en place du parcours muséographique et à la circulation des visiteurs, sont entrepris. En 1953, la Chambre de Commerce acquiert la salle Blanchon, une salle de théâtre et de conférences des années 1920, située entre l’hôtel de Cuzieu, l’hôtel de Villeroy et l’hôtel de Lacroix-Laval, afin de l’affecter aux collections orientales. En 1961, elle est détruite pour doubler la surface d’exposition et c’est ainsi que la salle des Tapis voit le jour. La construction d’une aile moderne et la métamorphose en salle d’exposition temporaire de l’ancien local industriel de l’École de commerce, pourvu de trente-cinq métiers à tisser, interviennent dans les années 1960-1970. L’ajout de parois inclinées dans la salle des Tapis se fait en 1996.


2019 © musée des Tissus – Pierre Verrier

2019 : une nouvelle ère

Le 14 janvier 2019, les clés de cet hôtel particulier sont remises à la Région Auvergne-Rhône-Alpes par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon Métropole–Saint-Étienne–Roanne dans le cadre du projet de renaissance du musée. Dans un calendrier proche, des travaux de conservation-restauration des bâtis anciens, voire un geste architectural fort, seront entrepris pour redonner au site sa splendeur passée et le transformer en lieu de vie, de détente et de culture au sein de la Presqu’île.

Hôtel de Lacroix-Laval
Marianne Loir, Portrait de Jean de Lacroix-Laval, Lyon, vers 1750.
© musée des Tissus – D. R.

Un ensemble architectural exemplaire

Jouxtant l’hôtel de Villeroy, au numéro 32 rue de la Charité, se dresse celui de Lacroix-Laval, abritant le musée des Arts décoratifs depuis 1925. Havre de paix en plein cœur de Lyon, idéalement situé entre Saône et Rhône, cet hôtel particulier forme depuis les années 1925 avec celui de Villeroy un seul et même ensemble architectural, le mur séparant les deux bâtiments ayant été détruit et remplacé par un escalier.


L’hôtel de Lacroix-Laval est l’une des premières réalisations lyonnaises de Jacques-Germain Soufflot, à qui l’on doit le Panthéon à Paris et l’Hôtel-Dieu de Lyon. La commande vient de Jean de Lacroix-Laval, conseiller à la Cour des Monnaies de Lyon et frère de son ami, trésorier de France à Lyon, l’abbé Antoine de Lacroix-Laval. Le commanditaire vient d’acheter ce terrain en plein cœur de Lyon à un mousquetaire de la garde du Roi.

© musée des Tissus – Basset

1738 - 1754 : Des particularités novatrices

Dans une volonté claire d’affranchissement des codes de la hiérarchie sociale des siècles passés, ce monument comprend trois étages de même hauteur sous plafond, au lieu d’un seul étage dit « noble », généralement le rez-de-chaussée.

On ne compte pas moins de quatre cuisines et une circulation qui distribue dorénavant plusieurs appartements occupés par des locataires. L’ensemble s’articule autour de l’escalier qui mène aux étages supérieurs et d’une cour d’honneur, flanquée d’écuries et de communs, encore conservés.

Le fils de Jean, qui hérite des lieux en 1764, est guillotiné en 1793, place des Terreaux. Heureusement, le riche édifice échappe aux destructions ordonnées par les révolutionnaires et il est restitué à la famille de Lacroix-Laval en 1794, devenant l’un des rares témoins de l’habitat de la noblesse sous l’Ancien Régime.

J. Simont, « Le Musée des Arts Décoratifs de la Chambre de Commerce de Lyon », L’illustration, Paris, 30 mai 1942.
© musée des Tissus – Pierre Verrier

1919 - 1925 : Un projet cher aux lyonnais

Au lendemain de la première guerre mondiale, le 27 janvier 1919, il est acquis par la Société pour le développement des musées de Lyon, constituée d’un ensemble de notables lyonnais. Le 29 juin 1922, l’hôtel est confié à la Chambre de Commerce afin de créer, à Lyon, un musée des arts décoratifs.

© musée des Tissus – Sylvain Pretto

1957 : Un patrimoine inscrit au titre des Monuments historiques

Après de vastes travaux visant à redonner à cette demeure son caractère d’hôtel particulier, notamment en lui adjoignant des éléments architecturaux provenant d’hôtels détruits, le musée des arts décoratifs est inauguré le 20 juin 1925. Son bâtiment, sa cour, et son jardin transformé en parterre « à la française », d’après le dessin de l’architecte-paysagiste René-Édouard André dans les années 1920, sont inscrits au titre des Monuments historiques en 1957.


2019 : Un nouveau propriétaire, de nouvelles ambitions

Le 14 janvier 2019, la Chambre de Commerce remet, dans le cadre du projet de renaissance du musée, les clés des deux hôtels particuliers à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, propriétaire depuis le 24 octobre 2018. Dès 2020, des travaux de conservation-restauration du bâtiment seront entrepris pour lui redonner tout son éclat et créer un parcours muséographique conforme au projet de renaissance du musée.